Les travailleurs de Bombardier veulent se faire entendre du fédéral

Les travailleurs de Bombardier veulent se faire entendre du fédéral

1. Des centaines d’employés de Bombardier ont manifesté devant l’usine de La Pocatière, jeudi après-midi.

Crédit photo : Maxime Paradis

Il y avait des apparences de jour de la marmotte, jeudi après-midi, devant l’usine Bombardier de La Pocatière. Non seulement la température froide rappelait celle d’un début de mois de février, mais le message communiqué par les travailleurs de l’usine au gouvernement fédéral rappelait un air de déjà vu.

Ils étaient des centaines de travailleurs à s’être massés devant l’entrée de l’usine, notamment pour entendre le discours du président du Syndicat des employés de l’usine, M. Claude Michaud. « C’est le troisième contrat en ligne qu’on pourrait perdre parce qu’on n’exige aucun contenu canadien. Est-ce que le gouvernement attend qu’on mette la clé dans la porte pour réagir? », a-t-il lancé.

Dans son allocution, Claude Michaud a exigé rien de moins qu’un 20 à 30 % de contenu canadien dans les appels d’offres internationaux, à même titre que ce qui est observé aux États-Unis et dans plusieurs pays européens, selon lui. « On a réussi à se faire entendre auprès du gouvernement provincial à ce sujet et on le voit avec M. Legault qui fait des pressions actuellement auprès du gouvernement fédéral. On lance un appel à M. Trudeau maintenant pour avoir la même considération », d’ajouter le président du syndicat.

En appui aux travailleurs de l’usine aux côtés du préfet de la MRC de Kamouraska, Yvon Soucy, le maire de La Pocatière a appelé à faire preuve d’imagination lors de ces appels d’offres afin de ne pas toujours s’en remettre à la loi du plus bas soumissionnaire. « Est-ce qu’on pourrait, par exemple, calculer toutes les retombées économiques directes qu’un tel contrat laisserait dans l’économie régionale? On parle tout de même d’un contrat pour une société de la couronne payé à même les taxes et les impôts des Canadiens », a-t-il déclaré.

Selon lui, chaque fois que Bombardier échappe un contrat, l’entreprise fragilise son expertise, car elle doit mettre à pied plusieurs de ses employés. D’ailleurs, une employée de l’usine habitant actuellement à Montmagny a mentionné s’attendre à être mise à pied prochainement, en raison de la fin de la première mouture du contrat Azur. Même s’il y a de fortes chances qu’elle soit rappelée l’été prochain, lorsque la poursuite du contrat reprendra, elle se dit peu intéressée à revenir, se disant à la recherche de stabilité. « Je vais regarder ailleurs », a-t-elle tout simplement ajouté.

Toujours compétitive

Questionné à savoir si l’absence de contenu canadien était le seul facteur à blâmer dans cette série de contrats majeurs échappés par l’entreprise Bombardier Transport, Claude Michaud s’est refusé de mentionner que son employeur n’était pas suffisamment compétitif face à ses concurrents. « Ici à La Pocatière, nous avons toujours livré dans les temps et dans les prix un matériel de qualité », a-t-il rappelé.

De son côté, le maire de La Pocatière ne croit pas que Bombardier ne soit pas concurrentielle, puisque l’entreprise remporte des appels d’offres ailleurs dans le monde. Par contre, il croit que si l’entreprise continue d’échapper des contrats majeurs en Amérique du Nord, elle devrait peut-être se poser « de sérieuses questions. »

Bernard Généreux réagit

À la Chambre des communes à Ottawa, le député conservateur de Montmagny-L’Islet-Kamouraska-Rivière-du-Loup a réagi en reprochant au gouvernement Trudeau de manquer de volonté à défendre adéquatement les travailleurs canadiens. « À La Pocatière, les meilleurs employés au monde de Bombardier Transport ont manifesté pacifiquement pour démontrer qu’ils ont la capacité, l’expertise, la passion et la détermination nécessaires pour construire les futures voitures de Via Rail. Le ministre des Transports s’en lave déjà les mains, se cachant derrière le libre-échange. Or, l’entente que le premier ministre vient de signer avec Donald Trump permet encore aux États-Unis d’exiger que les trains Amtrak soient faits aux É.-U. Pourquoi les libéraux ont été si vite à tout donner et rien demander pour les régions canadiennes, monsieur le Président », a-t-il questionné.