Le torchon brûle entre les anesthésiologistes et le ministre de la Santé

Le torchon brûle entre les anesthésiologistes et le ministre de la Santé

Jean-François Courval, président de l’Association des anesthésiologistes du Québec en action.

Crédit photo : Courtoisie

Pendant que l’Association des anesthésiologistes du Québec affirme avoir trouvé la meilleure solution pour régler le manque d’anesthésistes en régions, le ministre de la Santé Gaétan Barrette demande aux anesthésiologistes de régler eux-mêmes le problème d’ici Pâques faute de quoi la solution leur sera imposée.

La proposition du président de l’Association Jean-François Courval est de jumeler les anesthésiologistes d’un hôpital d’un grand centre urbain avec un autre hôpital en région, comme La Pocatière, où il n’y avait pas eu d’anesthésiste 1 journée sur 3 en 2017.

« Les jeunes veulent des postes et l’assurance d’avoir un peu de vacances », résume Jean-François Courval. Ils hésitent à occuper un poste temps plein en région, comme en Abitibi ou à Matane, car il s’agit d’une grosse charge de garde et qu’il n’y a pas de gros cas pour garder la main. En créant un jumelage avec un hôpital de Montréal, par exemple, un anesthésiste pourrait faire une douzaine de semaines à La Pocatière et le reste à Montréal. « C’est bon des deux côtés », ajoute-t-il, indiquant avoir confirmé l’intérêt de ses membres pour mettre en place un tel modèle. L’anesthésiste qui passerait du temps en région pourrait aussi en profiter pour se mettre à jour en faisant des formations sur Internet quand les semaines de garde sont plus tranquilles.

Le ministre de la Santé Gaétan Barrette veut une solution qui offre des garanties, qui est permanente et qui n’entraîne pas de coûts supplémentaires. Il doute du succès à long terme de la solution suggérée par l’Association sous sa forme actuelle, basée sur le volontariat. « Il va y avoir une solution et il y a deux chemins possibles. Ou bien les anesthésistes le font eux-mêmes ou bien on l’impose. Le message que j’envoie est très clair. On ne vivra pas ni à La Pocatière, ni ailleurs, la même chose que l’été dernier », a dit le ministre.

Il demande aux anesthésiologistes de prévoir la totalité des découvertures. « Ils peuvent mettre le modèle qu’ils veulent, dans la mesure où le modèle donne la garantie, la permanence et pas de coût supplémentaire. Je ne veux pas un modèle juste pour l’été prochain », ajoute-t-il.

« On fait des propositions, on fait des propositions et ce n’est jamais assez. C’est dans la nature de l’individu. Il n’y a jamais moyen d’arriver à quelque chose, car c’est sa solution, il sait tout, il connaît tout et il n’écoute personne. » – Jean-François Courval.

Découragement

En réaction à cette sortie, le président de l’Association Jean-François Courval se dit découragé. « Ça fait trois ans qu’il nous lance ça dans notre cour. La question que je me pose, c’est, ça va prendre quoi? On fait des propositions, on fait des propositions et ce n’est jamais assez. C’est dans la nature de l’individu. Il n’y a jamais moyen d’arriver à quelque chose, car c’est sa solution, il sait tout, il connaît tout et il n’écoute personne », précise monsieur Courval. Il ne croit pas que d’utiliser la loi 130 pour imposer à des anesthésiologistes d’aller combler des semaines de découverture est la bonne solution. « Il va créer le chaos et la zizanie », estime le professionnel, indiquant que l’anesthésiologiste qui devra quitter pour aller à La Pocatière, par exemple, abandonnera momentanément ce qu’il est en train de faire en ville.

Quant aux médecins étrangers, monsieur Courval dit avoir déjà demandé la possibilité d’avoir accès à 50 anesthésiologistes de la France et on lui aurait répondu qu’il leur en manquait 300, la pénurie étant mondiale.