Liliane Grenier : 60 ans d’engagement communautaire enfin soulignés

Liliane Grenier : 60 ans d’engagement communautaire enfin soulignés

Liliane Grenier

Crédit photo : Pilar Macias

Il y a ceux qui regardent et ceux qui accomplissent. À une époque où tout était à faire et où les femmes restaient principalement à la maison pour s’occuper de la famille et du foyer, Liliane Grenier a été de celles qui ont refusé d’être spectatrices. Déterminée, organisée et dévouée, elle a travaillé à sa façon au développement du milieu pocatois par amour de sa ville et par conviction.

Généreuse et authentique, Liliane Grenier sait rendre n’importe qui très à l’aise. Au téléphone ou en personne, on a toujours le sentiment qu’elle nous reçoit dans sa cuisine autour d’un bon café. « Attends-moi une minute, je te reviens », m’a-t-elle dit, dès le début de notre entretien. À son retour, elle me confie : « Je reçois à souper ce soir et j’ai fait un gâteau éponge. C’est une recette que j’ai faite mainte et mainte fois. Sauf que là je ne sais pas ce qui s’est passé, mais le gâteau n’a pas assez levé à mon goût! »

À moins qu’elle ne se soit lancée dans la confection d’un second gâteau après notre entretien, il est difficile de croire que Liliane Grenier a servi un gâteau « pas assez à son goût » à ses invités. Ne serait-ce parce que ses cinq enfants disent qu’elle est une excellente cuisinière, mais aussi parce que tous les projets communautaires et sociaux dans lesquels elle s’est engagée au cours de sa vie témoignent de sa détermination à vouloir bien faire les choses.

Les premières implications

C’est au début des années 50 que Liliane Grenier a commencé à s’impliquer. Mariée au Dr Raymond-Marie Raymond, Liliane Grenier avoue qu’elle aurait pu se contenter de « rester à la maison et de répondre au téléphone. » L’époque voulait ça. Mais inspirée indirectement par sa mère qu’elle dit avoir toujours trouvé le temps de faire du bénévolat, malgré ses huit enfants, Liliane Grenier a fait de l’implication communautaire et sociale une vocation. « On dirait que j’ai toujours eu ça en moi. Je m’occupais de ma famille comme il faut, mais m’impliquer me permettait de me désennuyer quand mon mari était au travail », se souvient-elle.

D’abord, il y a eu les Guides où les réunions étaient nombreuses et qui se tenaient toujours à des endroits différents. Liliane et ses acolytes en étaient venues à la conclusion qu’il leur fallait un local. « On a fait des activités pour amasser des sous. Une d’entre elles était la Semaine de la femme où notre événement de clôture impliquait un concours du gentilhomme. Pour voter, les gens devaient acheter des billets. Le succès a été tel que ça nous a permis de financer notre local », se rappelle-t-elle.

« On dirait que j’ai toujours eu ça en moi. Je m’occupais de ma famille comme il faut, mais m’impliquer me permettait de me désennuyer quand mon mari était au travail. » – Liliane Grenier

Jumelage

Quelques années plus tard, Liliane avait suffisamment rayonné dans son milieu pour être invitée par l’équipe de Louis-Joseph Gosselin à se présenter comme conseillère municipale à La Pocatière. Élue en 1979, elle est devenue, à l’époque, la première femme à faire son entrée au conseil municipal de la ville. Elle y est demeurée deux mandats, jusqu’en 1987. Durant son premier mandat, le maire Louis-Joseph Gosselin lui a confié la tâche de mettre sur pied le jumelage avec la ville de Coutances en Normandie. « Je ne connaissais rien à ça les jumelages. Je suis donc entrée en contact avec la présidente du comité du côté de Coutances et c’est elle qui m’a guidé », mentionne-t-elle.

De fil en aiguille, le comité en sol pocatois est né et le jumelage s’est concrétisé en 1984. Durant 10 ans, Liliane Grenier en a été la présidente, tissant des liens d’amitié profonds avec nos cousins d’outre-mer et mobilisant toute la communauté pocatoise dans cette aventure. « Je ne voulais pas que ce soit seulement un jumelage de ville à ville. Je voulais que ce soit le milieu qui active ça. C’est pourquoi j’avais rassemblé des gens de tous les horizons, autant des citoyens que des gens du milieu institutionnel. »

Bibliothèque municipale

En parallèle au jumelage, Liliane Grenier et d’autres femmes de La Pocatière s’activaient depuis un moment à doter la ville d’une première bibliothèque municipale. « On partait de loin. Certains trouvaient que ce n’était pas une nécessité parce qu’ils achetaient déjà des livres à leurs enfants. Ce n’était pas facile de faire comprendre que ce n’était pas le cas de tout le monde », précise-t-elle.

Par leur persévérance et leur détermination, ce groupe de femmes convaincues de la nécessité de donner accès à la lecture au plus grand nombre de gens possibles a remporté son pari. Le chemin a été ardu, mais la bibliothèque municipale de La Pocatière a vu le jour en 1987, où se trouve aujourd’hui le Carrefour des jeunes de La Pocatière. C’est quelques années plus tard qu’elle a été déménagée à son emplacement actuel, dans l’édifice Gérard-Dallaire. « On a ramassé des sous à coup de souper-bénéfice. Avec cet argent-là, on a payé le bois que mon mari a utilisé pour faire les étagères des livres. »

Inspirer

Toutes ces réalisations et d’autres implications de Liliane Grenier au sein de l’Institut de développement Nord-Sud et de l’AMIE – Aide internationale à l’enfance lui ont valu de recevoir la Médaile du Lieutenant-gouverneur pour les aînés, le 26 mai dernier. Le 8 juin, c’était au tour de la Ville de La Pocatière, des membres de sa famille et des amis qu’elle a côtoyés au fil du temps de lui rendre hommage. Malgré cette pluie de reconnaissances méritées, Liliane Grenier demeure humble. « Je ne veux pas me glorifier. C’est des circonstances qui m’ont amené à remplir des mandats. Je n’étais pas seule. Plein de gens ont mis l’épaule à la roue avec moi. C’est pour ça que ç’a toujours fonctionné. »

Néanmoins, Liliane Grenier demeure un spécimen rare. Quelqu’un qui donne sans compter, inspirée toute jeune par les actions de sa propre mère et aujourd’hui inspirante à son tour. À cela elle dira : « J’espère en avoir inspiré d’autres, autrement, il n’y aurait jamais de continuité! »