L’église de Lac Frontière cédée à la municipalité

L’église de Lac Frontière cédée à la municipalité

Richard Lavoie

LAC FRONTIÈRE – L’église de la paroisse Saint-Léonidas-de-Lac-Frontière a officiellement été cédée mercredi dernier par la fabrique à la municipalité, lors de la cérémonie de signature du contrat où étaient présents les acteurs de la transition qui a duré trois ans. La transaction inclut une terre à bois. La démarche a été activement appuyée par le CLD de la MRC de Montmagny. Cette municipalisation d’un lieu de culte est une première dans le diocèse de Sainte-Anne-de-la-Pocatière. 

L’église a été construite en 1919, à l’époque où Lac Frontière était qualifiée de « Klondike de l’Est », vu l’effervescence du commerce du bois. Le village a déjà compté jusqu’à 3 000 habitants. Exceptionnelle, avec son chaleureux intérieur rougeâtre entièrement recouvert en planches de pin de la Colombie-Britannique, elle sera convertie en salle multifonctionnelle pour devenir un lieu de rassemblement convivial pour des activités sociales et culturelles.

L’église continuera de servir au culte en été et l’on célèbrera aussi les funérailles, Noël et Pâques. L’hiver, comme cela se fait depuis quelques années, c’est à la salle municipale que se tiendront les offices réguliers. Comme bien d’autres fabriques au Québec, celle de la paroisse de Lac Frontière était confrontée au manque à gagner vu la baisse de fréquentation et le peu de paiements de la capitation. Il fallait donc trouver un moyen de sauver l’église, sans quoi elle aurait pu être démolie comme cela est arrivé ailleurs. Le curé de la paroisse Christian Bourgault a mentionné que jamais dans sa vie il n’aurait imaginé vivre une telle situation, bien que peiné, il a salué la sagesse des gens qui ont compris la situation et s’est dit heureux que l’église soit sauvée.


L’intérieur de l’église en pin de la Colombie-Britannique.

Enthousiasme et implication

L’enthousiasme était perceptible dans l’assistance. La présidente du Comité de transformation, Mme Carole Duval, tout comme le maire M. Guy Garant, espèrent que l’endroit deviendra un lieu de rendez-vous non seulement local, mais aussi régional et, qui sait, peut être davantage. Petite-Vallée en Gaspésie a son Festival en chanson, qui fait découvrir des talents émergents du Québec. Rouyn-Noranda a son festival international du film. Alors, Lac-Frontière, municipalité située dans le décor enchanteur des Appalaches, avec son joli lac, peut bien rêver et espérer.

Dans son allocution, le maire a mentionné que les citoyens de Lac Frontière, une municipalité de 195 habitants, avaient identifié comme prioritaire la sauvegarde de ce bâtiment patrimonial. D’ailleurs la municipalisation de l’église est le résultat d’une consultation publique effectuée en 2010. « Trois ans plus tard, nous pouvons dire avec fierté : mission accomplie! », de lancer le maire.

Il a souligné que cette transformation permettra de donner une nouvelle vie au bâtiment et d’avoir un endroit où tenir des activités répondant aux besoins exprimés. Il espère également que cette réalisation génèrera des retombées économiques intéressantes. « L’implication, la détermination et l’engagement des citoyens dans la réalisation de ce projet ont été des facteurs déterminants pour les membres du conseil municipal, qui ont accepté d’y contribuer activement en acceptant de devenir propriétaires du bâtiment », a-t-il ajouté, remerciant par la même occasion les personnes ayant participé au projet. « Tous ensemble si on continue à mettre l’épaule à la roue, on va faire de l’église – notre salle multifonctionnelle –, une réussite, je vous le garantie! », de conclure le maire.

Quant à la présidente de la fabrique, Mme Thérèse Thibault, elle a mentionné que la démarche n’avait pas toujours été facile. Elle s’est cependant dite impressionnée par le travail accompli par le Comité de transformation et par l’action bénévole. « Le comité a eu foi en la viabilité du projet et a su garder le cap pour le mener à terme », a-t-elle dit. L’abbé Simon-Pierre Pelletier, vicaire général du diocèse, ainsi que maître Mario Bilodeau, également l’un des acteurs de la transition, ont aussi pris la parole pour saluer l’initiative. Le vicaire général a encouragé les intervenants, leur disant : « Cette église, en particulier, comme bien d’autres aussi, a été construite par des gens qui ont relevé un défi. Ils voulaient se donner un lieu digne pour pouvoir célébrer le culte. Ils lui ont donné fière allure. Vous êtes en train de relever un nouveau défi. À votre tour, comme les générations qui vous ont précédées, ce défi va permettre à l’église, qui est un symbole dans une communauté, de servir à des fins communautaires. […] Je pense que vous avez posé un geste qui est tout à votre honneur. »


Derrière : Me Yvan Thériault, économe diocésain, Mme Mélanie Nadeau, agente de développement rural au CLD, l’abbé Christian Bourgault, curé de Lac-Frontière. Devant : Me Mario Bilodeau, M. Guy Garant, maire, Mme Thérèse Thibault, présidente d’Assemblée de Fabrique et l’abbé Simon-Pierre Pelletier, vicaire général du diocèse.

Un comité actif

Pas plus tard que la semaine dernière, le Comité de transformation a tenu une soirée dansante country qui a réuni quelque 200 personnes à l’église. Depuis trois ans, il a organisé plusieurs fêtes-bénéfice.

Mentionnons, entre autres, en 2011, un concert de musique classique, une fin de semaine d’activités dans le cadre de « Le territoire qui m’habite », qui avait attiré quelque 500 personnes et permis d’amasser une bonne somme d’argent. En 2012, il y a aussi eu des spectacles de chanson western, de chanson française et un défilé de mode.  


Mme Carole Duval, présidente du Comité de transformation.

Mise aux normes

Bien qu’une mise aux normes soit nécessaire en ce qui concerne l’aménagement intérieur de l’église, l’intégralité des éléments architecturaux et presque tout le mobilier seront conservés.

On procèdera, entre autres, à la normalisation des toilettes, au changement des entrées électriques, une scène sera ajoutée pour les spectacles, on séparera la nef du chœur avec rideau rétractable. Mentionnons que la fabrique a récemment investi 11 000 $ dans des réparations, même si elle savait que l’église serait cédée.

Autres paroisses

Selon l’abbé Simon-Pierre Pelletier, quelques paroisses seraient en réflexion en ce qui concerne le futur de leur église, mais il n’y a encore rien de précis en ce moment. Le curé Christian Bourgault a toutefois ajouté qu’à Sainte-Lucie-de-Beauregard il y a eu une consultation des citoyens.

Là, un comité et la municipalité travaillent en ce moment à un projet de logements adaptés pour les personnes âgées qui ne peuvent plus rester chez elles. L’on occuperait une partie de l’église seulement, il pourrait y avoir une salle communautaire avec un sanctuaire pour le culte.