Un éducateur suggère de réformer le milieu canin

Un éducateur suggère de réformer le milieu canin

Arnaud Wery offre des cours de dressage de chiens via son entreprise Éducateur Canin Québec.

Crédit photo : Courtoisie

LA POCATIÈRE – Un éducateur canin d’origine française aujourd’hui installé à La Pocatière croit que le Québec doit mieux former et mieux réglementer les acteurs qui interviennent auprès des chiens.

Le décès d’une femme âgée de 55 ans qui a vraisemblablement été tuée par un pitbull, dans la région de Montréal, ramène l’éternelle question de l’interdiction de ces chiens au Québec. Pour Arnaud Wery, éducateur canin certifié, interdire n’est pas une solution. « Interdire n’empêche pas l’infraction. Les gens finissent par en posséder, mais ils vont dire que le chien est croisé avec du Labrador, par exemple », de déclarer d’entrée de jeu Arnaud Wery. C’est pourquoi il prône plutôt une réglementation plus judicieuse, encadrant l’éleveur, le maître et l’éducateur canin. « On parle des pitbulls, mais on ne parle pas forcément de toutes les autres morsures », ajoute-t-il.

En 2010, selon un sondage Léger Marketing, on évaluait à 450 le nombre de morsures quotidiennes attribuées à des chiens, pour une moyenne de 164 000 annuellement. « On s’entend qu’il n’y a pas 164 000 pitbulls au Québec, donc forcément, il n’y a pas que les pitbulls qui mordent », de s’exclamer Arnaud Wery. À titre indicatif, l’Association des médecins vétérinaires du Québec en pratique des petits animaux (AMVQ) estimait à 1 000 000 le nombre de chiens répartis dans 24 % des ménages québécois.

Manque d’éducation

Originaire de la France, Arnaud Wery est en mesure de constater les différences entourant l’éducation des chiens au Québec. Éducateur canin diplômé, Arnaud Wery déplore qu’aucune formation reconnue ne soit encore donnée dans ce domaine au Québec. « Certains peuvent s’improviser éducateurs canins et il y en a », raconte-t-il. Conséquemment, il en résulte un grand manque d’éducation auprès de la population. « En France, je faisais des formations dans les écoles auprès des enfants, qui sont les premières victimes des morsures. Ici, les enfants se font mordre par des chiens attachés », se désole-t-il, ajoutant que c’est l’enfant et les parents qui sont dans le tort dans ce genre de situation.

Il en va de même pour les éleveurs et les maîtres, qui ne font pas toujours des choix judicieux. « Un bon éleveur va choisir deux sujets avec de bons comportements pour la reproduction. Ensuite, il éduque les chiots correctement avec la maman, en les socialisant avec l’homme. Ça n’exclut pas les dangers, car tous les chiens ont leurs spécificités. Le maître doit les prendre en considération pour éviter les problèmes de comportement et ceux liés à l’isolement », d’expliquer l’éducateur canin.

Encadrement déficient

En décembre dernier, l’Assemblée nationale adoptait à l’unanimité le projet de loi 54, faisant passer les animaux de « biens » à « êtres doués de sensibilité ». De son côté, Arnaud Wery croit qu’il faut aussi réglementer tous les quarts de métiers entourant les chiens. « En France, tous les métiers sont réglementés, que se soit l’éducateur canin, le toiletteur, la personne qui possède un refuge, l’éleveur, le contrôleur animalier, etc. »

De plus, les chiens qui ont de grosses mâchoires, comme les pitbulls, devraient être catégorisés et venir avec certaines exigences. Arnaud Wery cite à nouveau la France, à titre d’exemple. « Là-bas, il faut avoir plus de 18 ans, n’avoir aucun casier criminel, détenir une assurance, une certification de chiens agressifs et suivre une formation pour ce type de chien », précise-t-il.

Jugé laxiste en terme de droits des animaux et aussi porteur du triste titre d’usine à chiots de l’Amérique du Nord, Arnaud Wery estime que le Québec a tout intérêt à s’inspirer de ce qui s’est fait dans les pays européens. « Ils sont en avance sur nous. Au Québec, tout est à construire. L’évolution du monde canin est rapide et le pouvoir public a décidé de fermer les yeux et de ne pas s’en occuper. »