Éditorial – Patrimoine de l’unanimité?

Éditorial – Patrimoine de l’unanimité?

La Villa Saint-Jean.

Crédit photo : Maxime Paradis

Vous connaissez la liste du patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO? Il s’agit d’un ensemble de biens culturels ou naturels qui présente un intérêt exceptionnel pour l’héritage commun de l’humanité. Cette liste inclut notamment l’Arrondissement historique du Vieux-Québec, La Grande Muraille de Chine, le Parc national du Grand Canyon aux États-Unis et les pyramides de Gizeh en Égypte.

Ces sites font clairement l’unanimité à titre de « biens patrimoniaux » de l’humanité. Non seulement ils possèdent des caractéristiques physiques distinctives uniques, mais ils sont chargés d’histoire pour l’humanité tout entière. Toutefois, il ne suffit pas d’être recensé par l’UNESCO pour être considéré aux yeux des gens comme une construction ou un site patrimonial digne de mention.

À plus petite échelle, notre région déborde de trésors naturels et architecturaux qui mériteraient très bien qu’on y accole un label distinctif, car leurs caractéristiques artistiques et historiques font clairement partie de notre patrimoine régional. À La Pocatière, par exemple, le Collège, l’ITA et la première école d’agriculture sont clairement des bâtiments patrimoniaux d’exception. La Pointe-aux-Originaux à Rivière-Ouelle, déjà étudiée en ce sens par Ruralys, le Berceau de Kamouraska, la Seigneurie des Aulnaies, ou même les églises de Saint-Roch-des-Aulnaies, Saint-Jean-Port-Joli et Notre-Dame-de-Bonsecours de L’Islet sont d’autres exemples dignes de mention sur notre territoire.

Patrimoine moderne

Tous ces sites ont en commun d’être âgés de plus de 100 ans, voir même 200 ans. Ils ont résisté au passage du temps et au bulldozer nord-américain de la modernité qui commande trop souvent de tout raser pour faire place au neuf. Autrement, c’est d’empêcher le progrès aux yeux de certains… Mais qu’en est-il de nos constructions plus récentes, comme celles bâties au milieu du 20e siècle?

Action Patrimoine, organisme privé à but non lucratif qui œuvre depuis 1975 à protéger et mettre en valeur le patrimoine bâti et les paysages culturels du Québec, a ouvert tout un débat en ce sens en réaction à la démolition prochaine de la Villa Saint-Jean, construite en 1956. Selon l’organisation, ce bâtiment présente sur le plan architectural des particularités propres à l’époque moderniste du Québec qui s’étale de 1945 à 1975, en plus d’avoir été conçu par des architectes émérites. Dans la même veine, l’organisme reconnaît aussi des qualités au siège de l’Évêché et à la Cathédrale Sainte-Anne-de-la-Pocatière, de telle sorte qu’il demande à la ville de revoir son règlement anti-démolition pour « protéger » ces trois bâtiments, propriété du Diocèse de Sainte-Anne-de-la-Pocatière.

Patrimoine de l’unanimité?

À défaut de faire l’unanimité, cette suggestion d’Action Patrimoine nous force à nous questionner sur ce qui relève réellement du patrimoine régional. Est-ce nos édifices de pierres bicentenaires, nos maisons canadiennes d’antan, les églises aux clochers traditionnels, ou tous bâtiments qui présentent des caractéristiques architecturales d’une époque précise, comme ceux de l’époque moderne, mais qui sont loin pourtant de susciter l’émerveillement dans les yeux de ceux qui les regardent?

En nous poussant à réfléchir à cette question, Action Patrimoine nous amène aussi indirectement à considérer l’avenir. Comment envisageons-nous nos constructions futures sur notre territoire? Voulons-nous davantage de bâtiments qui feront encore la fierté de nos descendants dans 200 ans par l’esthétisme qui s’en dégagera et la qualité des matériaux qui seront utilisés pour la construction? Ou préférons-nous continuer à construire dans une optique temporaire, comme c’est le cas depuis les années 60, sans possibilité de reconversions futures des espaces, tout en étant soumis aux modes architecturales du moment et au diktat du plus bas soumissionnaire qui aura peut-être privilégié des matériaux de moins grande qualité pour être plus compétitif?

Parce que si on n’apprend pas des erreurs du passé, comment pourrons-nous faire mieux à l’avenir?