Éditorial : Gustave qui erre sur mon balcon

Éditorial : Gustave qui erre sur mon balcon

Gustave sur mon balcon, il y a quelques jours.

Crédit photo : Maxime Paradis

Gustave. C’est le nom que j’ai donné au chat qui erre sur mon balcon et celui de mes voisins depuis quelques mois. Je ne sais pas grand-chose de Gustave à part qu’il me semble affamé (il maigrit à vue d’œil) et qu’il est très affectueux. Malgré cela, je lui résiste, de peur de trop m’attacher et d’en venir au point de non-retour où je me sentirai obligé de l’adopter.

Certains diront que je suis un sans cœur parce que je laisse Gustave dépérir sous mes yeux, sachant très bien le sort que l’hiver lui réservera si quelqu’un ne finit pas par s’occuper de lui. Ils n’ont pas tort. Par contre, pour ma défense, je tiens à préciser que j’ai déjà trois chats à la maison, dont deux « anciens Gustave. » J’estime avoir fait ma part pour la société féline régionale.

Maintenant, peut-être est-ce la culpabilité qui me ronge, mais je me suis dit que j’allais quand même tout faire pour lui trouver un foyer. J’en ai parlé à quelques personnes du voisinage et je l’ai annoncé sur Facebook, précisant qu’il aurait besoin de soins. Malgré mes 713 amis, les 35 partages et les quatre réactions de tristesse que ma publication a engendrée, personne n’a levé la main pour Gustave. Peut-être de possibles bons samaritains ont appréhendé la facture chez le vétérinaire pour lui assurer les soins nécessaires? Pouvons-nous réellement les blâmer? C’est en partie pourquoi je résiste moi aussi.

Pas de ressources régionales

Je me suis donc tourné vers la contrôleuse des animaux de la Ville de La Pocatière qui m’a confirmé ce que je savais déjà. Elle ne ramasse pas les chats abandonnés. La Ville n’est pas un chenil et les infrastructures actuelles ne permettraient pas de respecter la loi du MAPAQ si elle décidait de le faire.

Il me restait donc qu’une option, un refuge, même si je ne fondais pas trop d’espoir. À force de traiter de la problématique des chats abandonnés au tournant du 1er juillet, je sais qu’ils sont tenus à bout de bras par des amoureux des chats et qu’ils ne bénéficient d’aucune subvention ou d’aide financière. Et comme ils se font rares, lorsqu’ils deviennent trop connus de la population, les propriétaires de chat qui ne veulent plus de leur Gustave finissent par les abandonner dans des cages au pas de la porte, comme si ces refuges étaient des SPCA. Au final, plutôt que de devenir un lieu dépanneur pour les chats errants, ces refuges deviennent « l’écocentre » des propriétaires de chats irresponsables. Enfin, lorsqu’ils finissent par ne plus avoir de sous pour fonctionner, ils ferment tout simplement leurs portes, dans l’indifférence la plus totale, la même avec laquelle nous regardons chaque année tous ces chats errants défilés dans nos rues sans se sentir réellement concernés.

Voilà ce qui est sûrement arrivé au Refuge Chabou, qui opérait jadis à Saint-Pacôme, et voilà ce qui est en train d’arriver au refuge Chez Aurèlie de L’Islet, dont les propriétaires, David et Julie, ont été obligés, non pas de gaieté de cœur, de refuser Gustave. À bout de ressources financières, leurs portes sont actuellement fermées aux nouveaux pensionnaires. Néanmoins, dans leur grandeur d’âme, ils m’ont fourni le nom d’un autre refuge à Rivière-du-Loup, car notre belle grande région de Kamouraska-L’Islet demeure dépourvue d’une ressource organisée et financée pour s’occuper de cette problématique. Un non-sens! Le public a assurément une part de responsabilité dans tout ça, ne serait-ce qu’en prenant la peine de faire stériliser leurs chats. Cela éviterait la prolifération. Mais qu’en est-il de nos dirigeants politiques locaux qui ne se gênent pas pour légiférer la possession dans nos maisons, mais qui se lavent les mains de ceux qui errent dans les rues? Ne sommes-nous pas en 2018 comme disait l’autre? Le temps est peut-être venu pour nos municipalités de faire preuve de leadership dans ce dossier.

Entre temps, Gustave ne s’est pas pointé sur mon balcon depuis une semaine. Je ne veux pas imaginer le pire, les chats vont et viennent, c’est connu. Je vais donc seulement me croiser les doigts et espérer qu’il se soit trouvé une gentille famille d’accueil chez qui se poser…