Éditorial : Ça va donc bien mal su’a rue principale!

Éditorial : Ça va donc bien mal su’a rue principale!

La 4e Avenue à La Pocatière.

Crédit photo : Maxime Paradis

Le groupe Les Colocs le chantait en 1993. 25 ans plus tard, certaines rues principales ne vont toujours pas mieux. Et non, ce n’est pas la faute des centres d’achat ou des McDonald’s. À La Pocatière, que ce soit sur la 4e avenue ou au Centre La Pocatière, les locaux à louer s’accumulent.

Si on regarde de plus près la 4e Avenue proprement dite, depuis six mois, elle vit une sorte de saignée. Trois commerces y ont fermé leurs portes depuis mai : Barbotine Café, Chaussures Fillion et BuroPlus. Avec le transfert de ses opérations de La Pocatière à Rimouski, Pâtisseries & Gourmandises d’Olivier devient la quatrième entreprise à venir compléter cette triste liste.

Qui ou quoi blâmer? Dans ces quatre cas, il faut dire qu’il s’agit de décisions d’affaires motivées principalement par un volume de ventes insuffisant. Ceci se justifie aisément par les données démographiques de Statistique Canada qui font état d’un passage de 4266 habitants à La Pocatière en 2011, à 4120 en 2016. Une tendance à la baisse qui s’exprime depuis le milieu des années 90 pour la ville et qui s’observe aussi dans les municipalités environnantes qui ensemble constituent le principal bassin de consommateurs de La Pocatière.

Il faut aussi dire qu’à l’ère d’internet et de l’achat en ligne, les habitudes de consommation des gens ont évolué. Aujourd’hui, tout n’est plus qu’une question de prix ou de service, mais d’expérience. Bref, c’est là que l’environnement de magasinage devient une plus value pour attirer des gens dans les commerces de la région. Le hic, c’est que si les propriétaires de commerces de détail ont le contrôle sur l’intérieur de leur boutique, ils ont souvent peu d’emprises sur l’extérieur, à l’exception peut-être de l’apparence de leurs bâtiments.

Urbanisme

Dans ce contexte, une ville comme La Pocatière aurait tout intérêt à réfléchir au réaménagement de la 4e Avenue entre la côte du Collège et la 9e Rue. D’une part, pour la rendre plus attrayante. D’autre part, pour en faire une destination où il fait bon y flâner pour les consommateurs et où les commerçants auront le goût de s’installer pour y brasser des affaires.

D’ailleurs, c’est ce que suggérait en 2016 Sandrine Duplessy, copropriétaire de Pâtisseries & Gourmandises d’Olivier, lors d’une réunion du comité Je commerce ICI tenue au Centre Bombardier. À l’époque, elle demandait à la Ville de La Pocatière ce qu’elle était prête à faire sur le plan urbanistique pour rendre la 4e Avenue plus conviviale. Des trottoirs plus larges, des passages pour piétons et une rue à sens unique, par exemple, étaient du nombre des suggestions qu’elle formulait.

Deux ans plus tard, non seulement Mme Duplessy n’a pas été entendue, mais faire entrer la 4e Avenue dans le 21e siècle ne semble pas encore une priorité à La Pocatière. Il est vrai qu’un chantier de la sorte coûterait plusieurs millions de dollars à la Ville et qu’il ne se ferait pas sans heurt auprès des commerçants restants. Néanmoins, il faudra tout de même s’y attarder, plus tôt que tard. Parce que si la rue est encore loin d’être un Val-Jalbert, comme chantait Les Colocs, les récentes fermetures viennent peut-être d’offrir la fenêtre de temps nécessaire pour intervenir, sans que trop d’entrepreneurs en souffrent. En fait, non seulement le dossier devrait être une priorité, mais il en va de la responsabilité d’une municipalité qui aime rappeler qu’elle joue le rôle d’une ville de centralité dans le paysage régional de Kamouraska-L’Islet.