Le drame de Kamouraska dépasse nos frontières ?

Le drame de Kamouraska dépasse nos frontières ?

Le village de Kamouraska avant 1922.

Crédit photo : Archives de la Côte-du-Sud et du Collège de Sainte-Anne.

Le 31 janvier 1839, c’est la consternation au village de Kamouraska. Le coseigneur de la seigneurie de Kamouraska Louis Paschal Achille Taché est retrouvé mort dans son manoir. Que s’est-il passé ? Et qui est le coupable de ce meurtre?

Yves Hébert

L’histoire de ce drame a marqué profondément la mémoire des Kamouraskois. Elle a d’ailleurs inspiré l’écrivaine Anne Hébert pour son roman Kamouraska.

L’enquête démontre assez rapidement qu’un dénommé George Holmes s’est rendu coupable de ce meurtre. Mais pourquoi ? En fait, il faut savoir que le mariage de Taché avec Joséphine-Éléonore d’Estimauville s’est dégradé au fil des ans. Subissant l’ivrognerie de son époux, son comportement violent et ses menaces, elle se réfugie à William Henry (Sorel) avec ses deux enfants. Elle tombe alors en amour avec le jeune médecin George Holmes. Ce dernier tente à deux reprises d’empoisonner Achille Taché par le biais d’une domestique au service de son amante, mais sans succès. Le médecin se rend à Kamouraska et assassine Achille Taché en le frappant à la tête avec un pistolet.

Soupçonné de complicité du meurtre de son mari, Joséphine-Éléonore D’Estimauville est acquittée après un procès. Recherché par les autorités, Georges Holmes se réfugie aux États-Unis. Il est alors emprisonné à la prison d’État de Montpelier au Vermont.

Le gouvernement du Bas-Canada demande alors l’extradition de George Holmes. Mais le médecin conteste son emprisonnement devant la Cour Suprême du Vermont. Après un an d’emprisonnement, Holmes est libéré sous prétexte que l’État n’avait pas le pouvoir judiciaire de procéder à l’extradition d’une personne réfugiée ayant commis un crime au Canada. À Kamouraska, c’est la consternation.

Cette cause, souvent citée dans les études de droit aux États-Unis, devint célèbre dans les annales judiciaires américaines puisqu’elle a soulevé bien des questions sur le pouvoir judiciaire de la Cour suprême des États-Unis et celui des états en l’absence d’un traité d’extradition canado-américain. Personne ne sait ce que devient George Holmes après sa libération.