L’accord sur le bois d’œuvre compromis

L’accord sur le bois d’œuvre compromis

Mme Élisabeth Vallet, spécialiste de la politique américaine et auteure du livre Comprendre les élections américaines, édition 2016.

Crédit photo : Courtoisie

L’accord sur le bois d’œuvre résineux est venu à échéance mercredi sans qu’un nouvel accord ne soit signé entre le Canada et les États-Unis, ce qui laisse craindre un nouveau conflit commercial.

Le contexte politique ne semble pas propice à un déblocage à court terme, avec un président en fin de mandat aux États-Unis et deux candidats réfractaires au libre-échange pour lui succéder.

Néanmoins, selon une déclaration commune transmise par Affaires mondiales Canada, Ottawa et Washington se disent déterminés à poursuivre les négociations sur le bois d’œuvre, rapporte Le Devoir.

Spécialiste de la politique américaine, Élisabeth Vallet croit qu’il s’agit d’un enjeu primordial pour le Canada et le Québec. Bien que les deux candidats à la présidence soient protectionnistes, « quelqu’un comme Donald Trump est susceptible de saborder complètement tout ce qu’on a mis des années à réaliser », dit-elle en entrevue téléphonique.

Les deux partis, Républicain et Démocrate, sont protectionnistes, mais de manière différente, selon madame Vallet.

« Je verrais plus de pragmatisme du côté d’une présidence [Hilary] Clinton, avec un Congrès qui ne soit pas complètement borné comme il l’a été avec Obama », dit-elle.

Nouvelles rondes

Élisabeth Vallet craint surtout « qu’on laisse pourrir l’accord précédent, qu’on ne le renouvelle pas » et qu’on soit obligés d’entamer une nouvelle ronde de négociations. « Cela pourrait avoir une incidence sur l’industrie d’ici », ajoute la spécialiste de politique américaine.

La ministre canadienne du Commerce international, Chrystia Freeland, et son homologue américain, Michael Froman, se disent déterminés à poursuivre les négociations pour en arriver « à une solution durable et équitable. »

Le député de Montmagny-L’Islet-Kamouraska-Rivière-du-Loup, Bernard Généreux, est plus sévère envers le gouvernement canadien. « C’est une autre promesse brisée », dit-il.

Selon monsieur Généreux, cette situation peut être dommageable pour les travailleurs du bois de la région. Il n’hésite pas à parler de possibles pertes d’emplois avec l’ajout de nouveaux tarifs pour l’exportation du bois.

« C’est d’autant plus préoccupant pour ma circonscription où environ 70 % de l’économie repose sur l’Industrie forestière », ajoute le député conservateur.

1 000 emplois en jeu

Le 6 mai dernier, Bernard Généreux avait participé à une rencontre en compagnie des représentants des trois usines de scieries frontalières de sa circonscription. Il s’agissait de MM. Jean-Paul Carrier de Matériaux Blanchet et Charles Tardif de Maibec, à Saint-Pamphile, et Frédérick Lebel de Bois Daaquan à Saint-Just-de-Bretennières.

Ils évaluaient à 1 000 le nombre d’emplois en jeu dans la région si les deux gouvernements ne reconduisaient pas l’entente les excluant de toute forme de taxes ou quotas à l’exportation.

Autres secteurs

D’autres secteurs, dont l’acériculture, pourraient être touchés par un durcissement de la frontière américaine, selon madame Vallet.

« Ce que je craindrais le plus, c’est un événement qui légitimerait un durcissement de la frontière américaine », dit-elle. Un terroriste qui viendrait de Montréal, par exemple. Le moindre durcissement aurait un effet direct, dit-elle. « On est tranquilles tant que la situation en générale ne donne pas un prétexte, une légitimité, à ces chantres du protectionnisme », dit-elle.

Auteure du livre Comprendre les élections américaines (Septentrion 2016) et professeure associée et directrice scientifique à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques, Élisabeth Vallet est chercheure à l’Observatoire sur les États-Unis de l’UQAM.