De l’éperlan à 2 700 $ la douzaine

De l’éperlan à 2 700 $ la douzaine

Cabanes de pêche sur la rivière Verte.

Crédit photo : Courtoisie

Seriez-vous prêt à débourser 2 700 $ pour acheter une douzaine d’éperlans? Je me doute un peu de la réponse. Et pourtant, c’est ce que vous devrez payer si vous êtes condamné devant un tribunal pour avoir vendu ou acheté de l’éperlan arc-en-ciel provenant d’un pêcheur sportif… bien que le terme «pêcheur sportif» ne soit pas très approprié dans le cas d’une personne qui vend le produit de sa pêche alors qu’il est interdit de le faire.

L’article 70 de la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune se lit comme suit : «Nul ne peut vendre ou acheter du poisson d’une espèce dont la vente est interdite par règlement». La liste des poissons interdits à la vente est inscrite dans le Règlement sur l’aquaculture et la vente des poissons et l’éperlan arc-en-ciel provenant d’une pêche sportive en fait partie.

Pour une première infraction, l’amende minimale prévue pour une personne reconnue coupable de vente ou d’achat d’éperlans arc-en-ciel provenant d’une pêche sportive est de 1 825 $, à cela s’ajoutent des frais de 456 $ et un montant de 456 $ de contribution pour le CAVAC, soit un total de 2 743 $. Ça commence à faire cher la bouchée n’est-ce pas?

La population d’éperlans arc-en-ciel du sud de l’estuaire du Saint-Laurent possède un statut d’espèce vulnérable en vertu de la Loi sur les espèces menacées et vulnérables du Québec depuis plusieurs années.

Afin de rétablir la situation, plusieurs actions ont été mises en place. Ainsi, toute pêche commerciale a été interdite et la limite quotidienne de capture par la pêche récréative a été diminuée de moitié, passant de 120 à 60.

Si vous achetez des éperlans, capturés par des pêcheurs sportifs, vous contribuez à l’augmentation de la pression de pêche sur une espèce vulnérable et vous encouragez les braconniers à capturer des surplus. Sans acheteurs, il n’y a pas de vendeurs.

Les pêcheurs vendeurs qui liront cet article doivent comprendre que l’amende minimale s’applique pour chaque vente, donc si vous vendez un quota de 60 éperlans à 5 personnes différentes (12 éperlans par personne), l’amende minimale serait de 13 715 $ (5 X 2 743 $).

La pêche à l’éperlan, comme celle qui se pratique sur la rivière Verte à L’Isle-Verte et dans la rivière du Loup à Rivière-du-Loup, est une activité fort agréable et, si elle est pratiquée en respectant les règles, pas trop dispendieuse. Cette année, on compte environ 70 cabanes de pêche sur la rivière Verte et, certaines journées, plus de 120 pêcheurs sont sur place.

C’est déjà une grosse pression sur une espèce vulnérable. Si, en plus, des gens dépassent les quotas et en font le commerce, la situation de l’éperlan risque de se dégrader et de nouvelles mesures de protection pourraient être prises au détriment des vrais pêcheurs sportifs.

Collaboration spéciale : Luc Forest, agent de protection de la faune.